Archives mensuelles : juillet 2019

Pont des trous, requiem

Si le planning est respecté, les premiers moellons du pont devraient être descellés dès le début du mois d’août 2019 et l’armature de béton rapidement mise à jour, démystifiant un peu plus l’authenticité de l’ouvrage.

Pour comprendre les mutilations successives de celui-ci, quelques reproductions  de planches de l’édition de 1864 de “Tournai ancien et moderne“ par A.-F.- I. Bozière montrant le Pont des trous, avant sa première restauration (circa 1840?)

Mais déjà sous Louis XIV certaines modifications y avaient été apportées, de peu d’ampleur semble-t-il.

Lors de cette première restauration (1847) vont disparaître le toit, et la morgue construite sous la première arche disparaîtra en 1858.

Sans parler des quais, qui il faut le souligner n’ont plus rien de médiéval et, les travaux terminés, auront une esthétique de station balnéaire.
N’y voyez aucune nostalgie: il faut pouvoir effacer le passé et donner sa place au futur, là ou l’économie l’impose…ce qui a été le cas pour le cours de l’Escaut depuis l’implantation de la ville sur ses bords. Le parallèle peut être fait avec les grands axes routiers qui éventrèrent de nombreuses villes et qu’aujourd’hui on peine à réduire.

Mais peut-être tout paysage ne doit-il pas se transformer en Dysneyland…

Les tournaisiens semblent avoir tranché.

Le Pont des Trous peu avant sa rénovation de 1847

Une vidéo édifiante de Notele sur la mise à niveau du Pont des trous en 1948…

https://www.notele.be/list151-pont-des-trous-media25272-la-restauration-du-pont-des-trous-apres-la-guerre–extrait)-17-06-13.html

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Tournai, Horta, XDGA, Combat

Tournai souhaite rénover son musée des Beaux Arts

Bien mal adapté au réchauffement climatique et aux normes muséales actuelles celui-ci mérite grandement une réhabilitation

La ville, à partir de ce constat, souhaite agrandir ce bâtiment et en faire un pôle muséal majeur, sinon phare pour la région.

Le lauréat du concours est XDGA, bureau bien connu du gotha architectural belge et même étranger, souvent grand favori des concours.

Pour cette revitalisation (destruction?) de l’œuvre de V. Horta, le squelette du Musée sera percé de pas moins 11 portes/ouvertures* à travers lambris et murs permettant un parcours fluide et complexe entre les différents points de rencontre et d’exposition (voir capture d’écran, la circulation proposée?).

bleu: cheminement possible au sein du nouveau complexe –  en rouge: les baies nouvelles  (coloriage delirurbain)     original ©XDGA-capture d’écran

 

2019 façade actuelle du Musée, avec simulation d’une tour selon XDGA ©delirurbain

 

XDGA -capture d’écran

La magnifique vue frontale révélée par le site de l’architecte ne tient absolument pas compte de la déclivité naturelle du terrain et de la distance. Il donne donc un point de vue irréaliste: volonté manifeste de tronquer les perspectives ou errement technique naïf sur l’importance du point de vue ?

Le point de vue choisi aplatit les proéminences du bâtiment et donne une vue plus dégagée sur la (mini) tour, qui bien que dressée sur ses ergots n’atteint pas la force du Beffroi! Le musée veut se donner de l’ampleur, mais n’est que boursouflé. L’architecture ne se juge pas que du sol, et les architectes ne se privent pas de montrer des perpsectives aériennes pour vendre leurs projets. La comparaison n’est pas toujours en leur faveur:

vue aérienne du Musée des Beaux-Arts de Tournai – ©carte postale du Musée

La forme originale de “ tortue » ou“scarabée“ qui est l’âme et la spécificité de l’œuvre est engloutie par XDGA dans une structure informe (carrée) “transparente“ comme aiment à le rappeler les architectes contemporains.

Ce qui surprend dans ce projet est l’envahissement total de la parcelle, cours et espaces verts compris. Comme dit au début de l’article, le bâtiment dégagé et qui aurait pu voir renforcer la lecture de sa forme particulière par un aménagement extérieur original est au contraire effacé, englobé dans un ensemble rigide aux contours mal définis de mitoyens irréguliers. Les voisins exultent!

Tours et détours et autres murs ou plafonds de l’extension deviennent transparents/invisibles par la magie des mots…

Le bâtiment original des Beaux-Arts de Victor Horta change discrètement de fonction: horéca, art shop, services.

La nouvelle construction, dont l’image ci dessous donne une idée de la grande originalité intérieure et de la scénographie audacieuse envisagée, absorbe la partie noble des fonctions. Le musée se dote d’une tour de verre, lointain écho des fortifications disparues que Tournai s’emploie encore à effacer tel le Pont des trous qui risque bientôt d’être tout aussi transparent.

Rejoignant en cela la critique de l’ancien conservateur*, et sans aucune sympathie pour ses positions sur l’art contemporain, il faut reconnaître le massacre du bâtiment. La mise en place d’un système de climatisation ne paraissait pas plus destructrice que l’intervention de XDGA.

tel un showroom, s’étale la mortelle vision d’un musée soi-disant contemporain

Le cimetière des fausses belles idées n’est pas prêt de fermer, le panthéon des architectes de disparaître.

Horta souffrira encore. Le remède est souvent pire que la maladie.

© delirurbain

*selon un décompte personnel et sans connaissance des plans définitifs

*la perspective est probablement inexacte, un fort dénivellement étant ignoré dans le rendu

*https://www.latribunedelart.com/tournai-le-musee-reve-devenu-cauchemar

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